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Mode d’emploi de l’EPCC

La suite de ce texte est tirée de l’ouvrage « Les notes: la fin du cauchemar » d’André Antibi.

Nous avons exposé et dénoncé précédemment un très grave dysfonctionnement de notre système éducatif : la constante macabre.
Nous allons présenter un système d’évaluation destiné à éradiquer ce terrible phénomène : le système d’évaluation par contrat de confiance (EPCC).

Comme pour arrêter de fumer

Les effets nocifs de la cigarette sur la santé ne font aucun doute. Les fumeurs eux-mêmes en sont convaincus. Mais il ne suffit pas de mettre en évidence ce risque grave pour que tout le monde arrête de fumer. Il convient d’aider les fumeurs à se débarrasser de leur dangereuse habitude.
De façon analogue, la mise en évidence de la constante macabre ne suffit pas pour s’en débarrasser. Il est très difficile de rompre avec une tradition profondément ancrée depuis des générations. Le principal but du système que nous allons proposer est d’aider les professeurs à changer leurs habitudes, en leur proposant une structure pour atteindre cet objectif.

Un système efficace

Je tiens à préciser que mon objectif essentiel est la suppression de l’échec scolaire artificiel résultant de la constante macabre, et non pas la promotion d’un système d’évaluation miracle susceptible de régler les problèmes de l’Education Nationale.
Cependant dans notre pays, en tout cas dans une période de transition, le système que nous allons présenter est particulièrement bien adapté. C’est ce qui ressort nettement des nombreuses expérimentations réalisées : il permet de supprimer la constante macabre à très court terme. En effet :

  • il est très facile à mettre en place,
  • il ne nécessite pas de moyens supplémentaires,
  • il ne nécessite aucun changement de programmes scolaires (surtout pas, car les enseignants en ont marre de certains changements de programmes dont ils ne comprennent pas les raisons),
  • il ne remet pas en cause l’enseignement traditionnel du professeur en phase d’apprentissage, ni sa liberté pédagogique ; seule la phase d’évaluation est modifiée : elle ne représente que le quinzième du temps scolaire environ.

Réalisation pratique

Elle comporte trois étapes essentielles :

  • annonce du programme du contrôle,
  • séance de questions-réponses pré-contrôle,
  • contenu et correction du sujet.

Il convient bien sûr d’informer les élèves dès le début de l’année scolaire du type d’évaluation auquel ils seront soumis.

PREMIÈRE ÉTAPE : ANNONCE DU PROGRAMME DU CONTRÔLE

Une semaine environ avant chaque contrôle, l’enseignant indique les chapitres à réviser, cela se fait usuellement, mais en plus, et ce point est décisif,

l’enseignant communique aux élèves une liste de questions déjà traitées et corrigées en classe (cours, exercices…) en annonçant clairement : Au contrôle, vous aurez à traiter exactement certaines de ces questions et, sur 4 points sur 20 environ, un exercice ne figurant pas sur la liste ».

Conditions sur cette liste :

  • Elle doit porter sur toutes les notions fondamentales du programme.
  • Elle doit être conçue de sorte qu’un apprentissage par cœur immédiat soit impossible (par exemple, pas de QCM bien sûr).

DEUXIÈME ÉTAPE : SÉANCE DE QUESTIONS-RÉPONSES PRÉ-CONTRÔLE

Objectif d’une telle séance : permettre aux élèves qui n’ont pas compris certains points du programme du contrôle de demander des explications à l’enseignant.

Une telle séance doit donc être organisée entre l’annonce du programme du contrôle et le contrôle. Cette séance de questions-réponses est nécessaire pour tenter de réduire considérablement les inégalités liées au milieu familial et social des élèves.
En effet, certains élèves peuvent se faire aider dans leurs études, par exemple par leurs parents ou en prenant des cours particuliers. Ils seraient alors nettement avantagés, car dans le cadre du système EPCC le programme de révision est très ciblé.
L’horaire d’enseignement permet-il de consacrer du temps à ce type d’activités ? La réponse à cette question est très nette : OUI, bien sûr. En effet, avec le système EPCC la correction du contrôle est bien plus rapide puisque la plupart des exercices ont déjà été corrigés. Il suffit donc d’utiliser le temps ainsi gagné pour la séance de questions-réponses.

TROISIÈME ÉTAPE : CONTENU ET CORRECTION DE L’ÉPREUVE

Nous avons présenté dans le livre « la constante macabre » les principaux pièges permettant aux enseignants d’obtenir inconsciemment la constante macabre. Cette troisième étape est destinée à aider l’enseignant à éviter les pièges non supprimés par la réalisation des deux premières étapes.

Longueur du sujet

C’est le piège le plus sournois. Les programmes officiels sont malheureusement muets concernant la longueur « normale » d’un sujet dans une discipline donnée, à un niveau donné.
Compte tenu de cette déplorable lacune, les enseignants sont livrés à eux-mêmes et peuvent inconsciemment être victimes de la constante macabre en jouant sur la longueur du sujet ; un phénomène de compensation en quelque sorte : une éventuelle facilité d’un sujet est compensée par sa longueur. En attendant que les programmes officiels se penchent (enfin !) sur ce problème important, voici une suggestion pour éviter ce piège :

il est normal que les meilleurs élèves terminent avant la fin du temps imparti ; et que chaque
élève ait le temps de rédiger ce qu’il sait faire.

Exigences dans la rédaction

Les programmes officiels sont tristement muets dans ce domaine également. Par suite, chaque enseignant, livré à lui-même, a élaboré ses propres exigences dans la rédaction. Deux suggestions en attendant que les textes officiels apportent (enfin !) des éclairages que les professeurs attendent :

  • En début d’année, préciser clairement aux élèves les
    règles essentielles de rédaction d’une solution.
  • Ne pas avoir plus d’exigences lors de la correction des
    copies.

Les enseignants, pourraient inconsciemment être plus exigeants, en se disant : « Ils disposent de la liste, donc ils pourraient soigner la rédaction »

La question sur 4 points

Cette question hors liste doit être accessible

Les enseignants peuvent avoir tendance à poser une question très difficile en se disant : « Le reste a déjà été corrigé ».

Remarque : chassez le naturel, il revient au galop

De nombreux expérimentateurs ont été victimes des trois « pièges » précédents lors des premières mises en application du système EPCC.
Le témoignage suivant a un côté cocasse. Depuis trois ans, je mets en application le système EPCC à l’université et dans l’école d’ingénieurs SUPAÉRO. Dernièrement, j’ai été surpris par mon propre sujet : il était trop long, et la question hors liste était très difficile ; j’avais voulu poser une « jolie » question…
Il convient donc de faire très attention : la constante macabre est vraiment enracinée. Au début surtout, il faut être particulièrement vigilant.

Un bilan très positif

Le point essentiel qui ressort des nombreuses expérimentations est le suivant : l’objectif principal est atteint :

Avec l’EPCC, la constante macabre est supprimée.

D’autres avantages :

Un vrai climat de confiance voit le jour.

Confiance entre l’élève et le professeur, confiance de l’élève envers l’école, confiance en soi de l’élève.

Les moyennes de classe augmentent.

L’augmentation est de 2 à 3 points en général ; mais la répartition n’est pas uniforme. Les élèves travailleurs en bénéficient souvent davantage ; leurs notes augmentent parfois de 5 points ou plus. Ils s’accrochent à la perche qui leur est tendue, et reprennent le goût d’apprendre.
D’autre part, les notes restent étalées.
Parfois, quelques élèves, en réel décrochage scolaire, n’améliorent pas leurs résultats avec l’EPPC.
Mais dans ce cas, le professeur peut bien mieux analyser les causes de cet échec.

Les élèves travaillent beaucoup plus.

Je dois avouer que je m’attendais à une augmentation du travail des élèves, mais pas à ce point.
Ceci se manifeste de plusieurs manières :

  • plus grande concentration en classe. En effet l’élève sait que ça va lui servir directement
  • révisions plus approfondies, prise de notes plus consciencieuses, demande
    d’éclaircissements à l’enseignant, dans une atmosphère sereine : l’élève sait qu’il ne
    travaille pas pour rien.
  • l’élève revoit en profondeur les points importants du programme car ils sont ciblés.

Il s’agit là d’un avantage important du système EPCC, qui n’est donc absolument pas synonyme de laxisme comme certains pourraient le penser !
Notre métier d’enseignant est de motiver les élèves, de leur donner confiance en eux, de les faire travailler avec goût. Le système EPCC nous aide très fortement à remplir cette mission.