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EPCC et mémorisation

La question « Les élèves ont-ils vraiment compris » est une préoccupation de premier plan pour les enseignants. A la fin de mes conférences, je suis souvent interrogé sur ce point. Plus précisément, le fait de demander aux élèves, lors d’un contrôle, de restituer ce qu’ils ont déjà fait en classe, inquiète de nombreux professeurs qui souhaiteraient que l’on fasse davantage appel aux capacités d’adaptation de l’élève en lui proposant des situations nouvelles.

Des précisions rassurantes

Je rassure mes collègues en apportant les précisions suivantes :

  • L’EPCC ne concerne que la phase d’évaluation, c’est-à-dire environ un douzième du temps scolaire. En effet, pour une discipline enseignée trois heures par semaine, un contrôle d’une heure par mois correspond à une telle proportion. Pendant la phase d’apprentissage, qui représente donc environ les onze douzièmes du temps scolaire, il ne faut évidemment pas se contenter de proposer aux élèves des activités de restitution ou d’application immédiate. Il convient de les faire réfléchir également sur des exercices plus délicats, sources d’obstacles éventuels.
  • En dehors des cas où un apprentissage par cœur immédiat est possible (rappelons que de tels cas sont exclus dans le cadre de l’EPCC),

Il est impossible de restituer si on n’a pas compris.

Pour illustrer mon propos, je lance un défi à mes collègues : « Pourriez-vous, après une journée entière de préparation, restituer cinq lignes de chinois ? ».
À ce jour, personne n’a relevé ce défi, mis à part un professeur de chinois qui assistait à ma conférence…
En clair, pour être en mesure de mémoriser, il faut être capable de comprendre un minimum de points : grammaire, vocabulaire, symboles,…
Certains pourraient trouver cet exemple excessif. Je suis convaincu du contraire : pour un élève en difficulté, certaines démonstrations de mathématiques, ou certains textes littéraires, c’est « du chinois »…

Élaboration de moyens mnémotechniques

Même dans le cas où il n’y a rien à comprendre, il semble impossible de mémoriser sans élaborer des moyens mnémotechniques. Une telle élaboration nécessite bien-sûr certaines qualités intellectuelles, peut-être davantage d’ailleurs que pour résoudre certains exercices scolaires classiques.

Le « Par Cœur », et le « RAC »

En France, un apprentissage par cœur est souvent associé à une idée négative, par exemple « apprendre bêtement ». Ceci est vraisemblablement la conséquence d’un certain état d’esprit « officiel », suggéré par des membres influents de commissions, qui lancent certaines « modes », parfois sans avoir suffisamment réfléchi.
Selon eux, dans notre enseignement, il faudrait donner du sens à tout ! Il s’agit là d’une illusion. Dans chaque discipline, même en mathématiques notations, symboles, définitions…), il y a des situations où il n’y a rien à comprendre, que l’on peut qualifier de situations « RAC ». On pourrait bien-sûr essayer de justifier chacune des notions introduites, par une approche historique par exemple. On ne pourrait alors présenter qu’une très petite partie du programme.

Vraie valeur de l’élève ?

Le point suivant semble obséder de très nombreux enseignants : « Avec l’EPCC, teste-t-on la vraie valeur de l’élève ? »
Cette question est tout à fait légitime, et l’affirmation qui suit devrait être de nature à rassurer les inquiets :

Avec l’EPCC le niveau des élèves augmente.

Je n’affirme pas ceci sans preuve. Je propose même deux démonstrations, l’une qui peut être contestée, l’autre, non.

Première « démonstration »

Dans tous les cas que l’on connaît, lorsqu’il a été possible de comparer les résultats d’élèves qui avaient été évalués avec le système EPCC à ceux d’élèves évalués usuellement, les performances des élèves « EPCC » ont été meilleurs. Il en est ainsi par exemple pour les résultats aux tests d’entrée en 6° dans l’académie de Créteil.
On peut contester ce résultat en disant, par exemple, que l’équipe enseignante « EPCC » était plus motivée, qu’elle avait organisé davantage de réunions pédagogiques dans l’année.

Seconde démonstration

Tout d’abord, présentons des données indiscutables :

  • Une évaluation EPCC ne demande pas une modification d’enseigner ; les programmes sont inchangés. Seule la phase d’évaluation, environ un douzième du temps scolaire, est modifiée. Ce point mérite évidemment d’être signalé, car avec un système où l’enseignement serait modifié en profondeur, on ne pourrait rien affirmer sur le niveau de l’élève.
  • Les notions qui figurent dans les listes de révision sont strictement conformes au programme officiel.
  • Dans le contexte EPCC, les élèves travaillent vraiment beaucoup plus. Ce point essentiel a été prouvé par de très nombreuses expérimentations et par de très nombreux résultats de mise en pratique.
  • Le dernier point est une vérité incontournable pour tout enseignant : « Lorsqu’un élève travaille beaucoup plus sur des notions du programme, son niveau ne peut qu’augmenter ».

Ces quatre points permettent d’affirmer que, avec l’EPCC, le niveau des élèves augmente.

Teste-t-on la faculté à s’adapter ?

Je réponds à cette question de manière non ambiguë : « Non »
Mais j’ajoute immédiatement : « Avec le système d’évaluation usuel, non plus ».
Quand on analyse le comportement des élèves un jour de contrôle, on se rend compte que, la plupart d’entre eux ne traitent que les questions tout à fait analogues à celles qu’ils ont déjà vues en classe.
Rappelons d’ailleurs à ce sujet que : « En temps limité, personne ne peut résoudre un problème vraiment nouveau »
En temps non limité, c’est différent ; mais alors on est dans le domaine de la recherche ; on peut réfléchir en mangeant, en étant couché, en conduisant…

Remarque : des illusions ?

Certains enseignants préfèrent poser, un jour de contrôle, un exercice semblable mais non identique à ceux qui ont été traités en classe. Ils sont alors convaincus qu’ils peuvent ainsi évaluer la capacité d’adaptation d’un élève.
En réalité, il y a le plus souvent un grand nombre de variations d’énoncés possibles, parfois même une infinité. Or un élève qui a su s’adapter à une certaine variation d’énoncé, aurait pu être en échec en présence d’une autre variation d’énoncé. En d’autres termes, les professeurs ne se font-ils pas des illusions en pensant évaluer l’aptitude d’un élève à s’adapter à une situation nouvelle ?

Un système laxiste ?

Pour certains, le système EPCC serait associé à une certaine forme de laxisme. Ce n’est absolument pas le cas : ce système incite les élèves à travailler beaucoup plus.
Répétons-le, il ne s’agit nullement d’attribuer des bonnes notes à tous les élèves, quel que soit leur investissement.

L’objectif essentiel est de récompenser le travail.